LA FUREUR DE VIVRE – #CasablancaLeFilm

Un taxi freine en crissant les pneus : j’essaie de lui indiquer ma destination mais la musique bat son plein – du bon Rock ! – et sans même écouter ce que je lui dis, il me fait signe de monter. Le vieil homme porte une longue chevelure lisse et grisonnante, qui encadre son visage émacié, où luisent des petits yeux perçants cernés de Khôl.

Il a une radio dernier cri et une super sono, anachronisme surprenant dans ce vieux petit taxi rouge déglingué.
Je m’installe sur la banquette arrière, à côté d’une jeune femme. Je l’observe quelques secondes, intriguée : elle presse ses doigts contre le siège, le teint livide et le regard affolé. Tiens !

Le taxi me lance un regard sombre et appuyé depuis son rétroviseur, puis esquisse un petit sourire et monte le volume à fond. Il bouge la tête, de haut en bas, de bas en haut, tapant en rythme du pied droit.
Le hic… le hic, vois-tu, c’est que le pied droit, s’il lui sert d’instrument, lui sert aussi de frein et d’accélérateur ! Figure-toi, le taxi bondit, esquive, sursaute, se soulève brusquement, se rabat brutalement, fait des queues de poissons et des doigts d’honneur… Moi, j’ai l’impression d’être dans une auto-tamponneuse qui veut tout défoncer en faisant des double salto et salto arrière. Cette image m’amuse. Je souris. Il intercepte mon sourire et soutient mon regard longtemps, depuis le rétroviseur. Puis il monte le volume, en zappant d’une chanson à l’autre. Toujours en me regardant, sombre et appuyé. La passagère à côté de moi, elle est presque bleue maintenant : je crois qu’elle s’est arrêtée de respirer.

Bref. Un gars monte à l’avant et répond à un appel sur son téléphone. Le taxi rockeur lui jette un regard noir, insistant tout en montant le volume plus fort encore. Le gars essaie de parler plus fort, pour de se faire entendre dans ce brouhaha et le taxi de nouveau, regard noir, insistant, tourne le volume carrément à fond cette fois. Le gars finit par abandonner et raccroche.
Mes tympans sont près d’exploser, mais j’avoue qu’au fond de moi, je ris, je ris : quel personnage !

Mince, je suis déjà arrivée. Je descends de cet étrange taxi, de la bonne musique plein les oreilles, hochant la tête et battant du pied en rythme, avec ce sentiment vivant, vivifiant, furieux qui nous transporte à la sortie d’un manège effrayant ou après une aventure surprenante.

ET LA SUITE, ON L'ECRIT ENSEMBLE?

 

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