Le Taxi et Lwalida

J’arrête un le taxi, la soixantaine, la moustache grisonnante, jaunie par le tabac. Il a une voix rauque. À l’intérieur de la carcasse, une forte odeur de laine et de renfermé. Je m’assois: les sièges sont tapissés de couvertures défraîchies, maladroitement superposées.

– Aaaah! À cause de toi, je vais rater le tajine que m’a préparé lwalida (la mère). Ouhhhh lala! J’ai tardé! Elle va s’inquiéter lwalida!
Il dit ça en s’agitant et roulant à une allure folle.


– J’ai mes habitudes, moi! J’arrive chez Lwalida à 13h. Elle prépare mon plateau, elle le pose sur la table, et moi je mange et je roupille avant de reprendre le service. C’est tous les jours comme ça, depuis que je suis né. Lwalida, c‘est la seule qui me connaît: Lwalida me prépare de bons plats, mon lit, puis ferme les volets de ma chambre. C’est ma chambre depuis gamin. Nari, tu vois, à cause de toi! Elle va s’inquiéter!


Il semble de plus en plus nerveux.


– J’aurai pas du prendre cette course. Quand je tarde d’une minute, je la trouve effondrée et morte d’inquiétude. 


Moi je suis amusée par le bonhomme et soudain, je ne peux m’empêcher de rire. Il me regarde surpris et poursuit:
– Tu peux rire! Mais lwalida, c’est elle qui pense pour moi décide pour moi vit pour moi. Même la femme, elle l’a choisie pour moi. Tu sais, je me réveille très tôt le matin, je laisse la femme dans le lit et je file chez lwalida. Je trouve mon petit-déjeuner prêt, m7ercha, fromage, lbid, atay, nss-nss, chaque jour rez9ou, puis je vais dans ma chambre, roupiller dans mon lit. Je fais ça 3 fois par jour: au petit-déjeuner, au déjeuner et au diner. Pour le Cass’croûte, regarde.


Il ouvre la boîte à gants et en sort un sac en plastique bleu.


– C’est Lwalida qui me prépare lCass’croûte.


Clin d’oeil. Sourire.


– Chefti ana, tan mout 3la maklate lwalida.

*Lwalida: la mère